Bernardo Nascimento, Foundation Manager, Curator and Head of Education at Odysseo : « La conservation consiste à rassembler la plus grande équipe du monde »

juin 12, 2026

Quand vous pensez à Odysseo et à l'Odysseo Foundation, quelle est la première chose qui vous vient à l’esprit ?

 

Je pense à un chapitre extraordinaire de ma vie, rempli de défis porteurs de sens, de réussites et d’expériences d’apprentissage.

Faire partie des équipes qui ont lancé Odysseo puis contribué à la création d'Odysseo Foundation a été l’une des expériences les plus enrichissantes de ma carrière.

Mais participer à la création et au développement d'Odysseo Foundation aux côtés d’une équipe engagée a eu une signification toute particulière. Contribuer à façonner une nouvelle organisation, définir sa raison d’être et voir son impact grandir a été une expérience unique et profondément gratifiante.

Je suis profondément reconnaissant envers les personnes que j’ai rencontrées, les opportunités qui m’ont été offertes et tout ce que Maurice m’a appris au fil du parcours.

 

 

Cette année marque le cinquième anniversaire de l’Océanarium Odysseo. Que représente cette étape importante ?

 

C’est une réalisation remarquable.

Ayant travaillé sur des projets d’aquariums à travers le monde et visité de nombreuses institutions dans le cadre de mon implication au sein de l’Union européenne des conservateurs d’aquariums, je peux affirmer avec certitude que ce qu’Odysseo a accompli en seulement cinq ans est exceptionnel.

Son engagement en faveur de l’éducation, de la conservation et de la science a été remarquable dès le départ. La création d'Odysseo Foundation en seulement trois ans après l’ouverture de l’océanarium est quelque chose que je n’ai jamais vu ailleurs dans le secteur.

Ce qui est particulièrement impressionnant, c’est que l’impact d’Odysseo ne peut pas être mesuré à la taille de l’aquarium lui-même. Son influence s’étend bien au-delà de ses murs.

Un exemple récent est l’invitation adressée à la présidente d'Odysseo Foundation pour représenter Maurice lors de la prestigieuse conférence Our Ocean Conference au Kenya, aux côtés de représentants gouvernementaux. Cela témoigne de la crédibilité et de la reconnaissance qu’Odysseo et la Fondation ont acquises à l’international.

 

 

Quelle a été l’expérience la plus difficile de ce parcours et comment vous a-t-elle permis de grandir ?

Sans aucun doute, la création d'Odysseo Foundation a été la partie la plus difficile de cette aventure.

Même si j’avais de l’expérience dans l’ouverture d’aquariums, créer une fondation représentait un territoire totalement nouveau. Nous lancions simultanément plusieurs projets majeurs avec des ressources financières et humaines très limitées.

La première année a été particulièrement exigeante. Nous devions bâtir une structure durable, obtenir des financements, soutenir les projets existants et veiller à ce que l’organisation se développe de manière responsable.

Ce fut un défi considérable, mais il m’a poussé hors de ma zone de confort et m’a exposé à des domaines d’activité que je ne connaissais pas auparavant. Ces défis ont accéléré mon développement professionnel et m’ont appris de précieuses leçons sur le leadership, la résilience et la collaboration.

 

 

Y a-t-il une personne, une rencontre ou une histoire qui incarne véritablement l’esprit d’Odysseo ?

Pour moi, l’esprit d’Odysseo se reflète avant tout dans la collaboration.

Une histoire qui l’illustre bien est notre partenariat avec SECORE International. J’ai rencontré Dirk Petersen pour la première fois en 2002, alors qu’il développait des techniques de propagation des coraux par reproduction sexuée. Nous nous sommes retrouvés vingt ans plus tard et avons rapidement réalisé que nous partagions une même vision pour la restauration corallienne dans l’océan Indien occidental.

Avec Stéphane Robert, Managing Director d’Odysseo, ainsi que plusieurs partenaires régionaux, dont l’Université de Maurice et ECOSUD, nous avons développé un projet ambitieux pour la région. Il nous a fallu près de deux ans pour obtenir les financements nécessaires, mais en 2024, nous avons réussi à lever 1,4 million de dollars américains pour lancer l’initiative.

Cette histoire illustre deux enseignements essentiels. Premièrement, un impact significatif n’est possible qu’à travers des partenariats solides. Deuxièmement, lorsque des personnes passionnées s’unissent autour d’un objectif commun, même des ressources limitées peuvent être transformées en actions d’envergure.

 

 

L’une de ces initiatives concerne la restauration des coraux. Quels progrès ont été réalisés jusqu’à présent ?

 

Les résultats sont très encourageants.

Cette année seulement, environ 30 000 larves de coraux ont été élevées. Elles ont ensuite été transférées dans près de 400 unités de semis et implantées dans plusieurs sites, notamment à Flic-en-Flac et à Belle Mare.

Le programme continue de s’étendre et nous prévoyons que les efforts de restauration atteindront d’autres sites autour de l’île lors des prochaines saisons.

 

 

Quelles leçons de Maurice et de l’océan Indien emporterez-vous avec vous en Europe ?

 

Vivre sur une île vous apprend à envisager différemment les ressources, la durabilité et les responsabilités à long terme.

J’ai été particulièrement impressionné par les efforts visant à réduire les déchets et les plastiques à usage unique. L’interdiction des plastiques à usage unique à Rodrigues est inspirante, tout comme les initiatives de durabilité mises en œuvre par des organisations telles qu’Attitude Hotels et Odysseo.

Les communautés insulaires sont souvent confrontées à des contraintes qui les obligent à innover. Elles comprennent que réduire la consommation est souvent plus important que simplement recycler.

Un autre aspect que j’admire profondément est la diversité culturelle de Maurice. Des personnes d’origines différentes cohabitent, communiquent et collaborent de manière à la fois pragmatique et inspirante. Cette diversité constitue l’une des plus grandes forces du pays.

 

 

Si vous pouviez laisser un message aux équipes, partenaires et soutiens d’Odysseo, quel serait-il ?

Continuez à investir dans les personnes, les projets et les partenariats.

La collaboration est essentielle. Même lorsque les partenariats ne sont pas parfaits, nous devons rester engagés à travailler ensemble, car les défis auxquels nous sommes confrontés sont trop importants pour être relevés seuls.

Je dis souvent que la conservation exige de l’humilité. Aucune organisation ne pourra résoudre ces problèmes de manière indépendante.

L’une de mes citations préférées est : « La conservation consiste à rassembler la plus grande équipe du monde. » J’y crois profondément.

 

 

 

En regardant vers l’avenir, qu’aimeriez-vous le plus voir émerger des graines semées aujourd’hui ?

 

J’ai en réalité une vision pour 2049, lorsque la Fondation célébrera son 25e anniversaire.

À cette date, j’espère que les récifs coralliens, les herbiers marins et les écosystèmes de mangroves auront retrouvé une santé dépassant ce que nous imaginons aujourd’hui possible. J’imagine Maurice devenir un leader mondial des initiatives d’économie bleue régénératrice et de conservation marine, avec Saint Brandon reconnu internationalement comme un modèle de gestion des aires marines protégées.

J’espère également que Odysseo@ the School deviendra une composante intégrée du programme scolaire national, contribuant à former une génération profondément connectée à l’océan. Au-delà de la restauration des écosystèmes, nous devons investir dans la culture océanique et inspirer les générations futures à comprendre, valoriser et protéger notre patrimoine marin.

Je vois également le Blue Economy Hub évoluer vers un centre majeur d’innovation, d’entrepreneuriat et de recherche scientifique, générant des dizaines, voire des centaines de découvertes et de publications à fort impact.

Plus important encore, j’espère qu'Odysseo Foundation deviendra une étude de cas reconnue à l’international en matière de conservation réussie des océans.

Certains peuvent considérer cette vision comme ambitieuse, mais la Mauritius Wildlife Foundation a déjà démontré qu’un succès de classe mondiale en matière de conservation est possible à Maurice. Ce qu’elle a accompli sur terre peut inspirer ce que nous pouvons réaliser en mer.

 

Ce chapitre se termine peut-être, mais l’aventure continue. À quoi ressemble votre prochain chapitre ?

 

C’est une perspective extrêmement enthousiasmante.

Je rejoindrai la MSC Foundation en tant que Marine Biology Manager, basé à Genève, en Suisse. Même si ce sera la première fois que je vivrai loin de la mer, je continuerai à travailler sur des projets de conservation marine à travers le monde.

La Fondation est impliquée dans des initiatives de restauration des herbiers marins en Méditerranée, de conservation des mangroves au Qatar, de restauration corallienne et de gestion d’aires marines protégées aux Bahamas, ainsi que dans plusieurs projets au Mozambique, un pays où je suis né et auquel je me suis toujours senti profondément attaché.

Ce qui m’enthousiasme le plus est l’ampleur des possibilités. MSC compte plus de 200 000 employés, accueille chaque année des millions de passagers de croisière et est présente dans 155 pays.

Le potentiel pour sensibiliser, inspirer et reconnecter les populations à l’océan est immense. Je ne sais pas encore tout ce que nous pourrons accomplir, mais je suis impatient de relever ce défi et de contribuer à un avenir où la société comprendra, respectera et protégera davantage l’océan.

Comme le rappelle Sylvia Earle : « Nous devons vivre comme si notre vie dépendait de l’océan, parce que c’est le cas. » Pas de bleu, pas de vert. Pas de bleu, pas d’humain.