Bernardo Nascimento, Manager d'Odysseo Foundation : « Nous sommes tous reliés par l’océan »
The Last Archipelago a été sélectionné pour le Festival du Court-Métrage de Cannes 2025. Que représente cette reconnaissance internationale pour l’équipe du projet et pour le message de conservation que vous portez ?
Cette reconnaissance représente énormément pour la Fondation et pour toutes les personnes impliquées dans ce projet. Je tiens tout particulièrement à féliciter Prashant Mohesh, National Geographic Explorer, pour cette réussite ainsi que pour les nombreux autres festivals qui ont sélectionné le film.
Le fait que The Last Archipelago soit présenté dans un festival international aussi prestigieux offre une visibilité importante à Saint Brandon et permet au public de mieux comprendre pourquoi cet écosystème est si précieux et mérite d’être protégé. Le cinéma et le récit ont le pouvoir de toucher les gens de manière émotionnelle et humaine, souvent au-delà de ce que peuvent accomplir les seuls rapports scientifiques. Nous espérons que cette reconnaissance renforcera la sensibilisation mondiale à l’importance de préserver des écosystèmes reculés et relativement préservés comme Saint Brandon.
Le documentaire associe science, conservation et narration. Pourquoi pensez-vous que des films comme celui-ci sont importants pour sensibiliser et encourager l’action ?
Les êtres humains ont toujours été touchés par les histoires. Tout au long de l’histoire, les récits ont façonné les cultures, les valeurs et les comportements. Les données scientifiques sont essentielles, mais la narration permet aux gens de s’y connecter à un niveau émotionnel beaucoup plus profond.
L’impact réel se produit lorsque la science et le récit se rejoignent pour transformer les données en histoires porteuses de sens. C’est précisément ce que nous cherchons à accomplir aux côtés de Heather Koldewey et de Prashant Mohesh, deux National Geographic Explorers particulièrement inspirants. Grâce au cinéma, nous pouvons rendre les enjeux environnementaux plus accessibles, plus concrets et plus captivants pour un large public.
Saint Brandon est souvent décrit comme l’un des derniers écosystèmes marins préservés de la région. Qu’est-ce qui rend cet endroit si exceptionnel et digne de protection ?
La première fois que j’ai visité Saint Brandon, j’ai eu l’impression de voyager dans le temps. C’était l’occasion de découvrir la nature sous une forme qui devient aujourd’hui de plus en plus rare.
Saint Brandon est ce que nous appelons un « écosystème de référence ». De nombreux environnements marins à Maurice ont déjà subi une forte dégradation et, dans certains cas, il existe très peu de données historiques permettant de savoir à quoi ressemblaient ces écosystèmes lorsqu’ils étaient en bonne santé. Des lieux comme Saint Brandon nous aident à mieux comprendre ce qu’est un écosystème marin florissant et ce que nous devons chercher à restaurer et à protéger.
Son importance dépasse largement la seule biodiversité. L’archipel joue un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire, car des écosystèmes lagonaires en bonne santé contribuent au maintien des stocks de poissons dans les eaux environnantes. Il participe également à la résilience climatique grâce à ses importantes prairies sous-marines qui favorisent la séquestration du carbone. De plus, de nombreuses espèces présentes à Saint Brandon restent encore à découvrir, ce qui en fait un site d’une valeur inestimable pour la recherche scientifique et la conservation.
The Last Archipelago montre que même l’un des endroits les plus reculés de la planète est touché par la pollution plastique. Quel message espérez-vous que les spectateurs retiendront du documentaire ?
Pour moi, ce projet met en lumière le fait que nous sommes tous reliés par l’océan. Les grandes quantités de déchets retrouvées à Saint Brandon ne sont pas produites sur place. La plupart proviennent de différents pays d’Asie et parcourent d’immenses distances avant d’atteindre ces îles isolées.
J’espère que le documentaire aidera le public à comprendre que les déchets constituent l’un des exemples les plus évidents de la manière dont des actions locales peuvent avoir des conséquences mondiales. Chaque individu a la possibilité de contribuer à la solution et d’aider à protéger des lieux comme Saint Brandon.
Une fois l’analyse des données du projet terminée, nous prévoyons également de contacter les marques et les pays identifiés comme ayant le plus grand impact sur l’archipel. Nous espérons ainsi encourager une plus grande prise de conscience, davantage de responsabilité et des actions concrètes.
Pourquoi était-il important pour Odysseo Foundation de soutenir un projet consacré à Saint Brandon et à la conservation marine ?
Ce projet bénéficie d’un financement de la National Geographic Society. Bien que Prashant Mohesh et Heather Koldewey soient les principaux porteurs du projet, Odysseo Foundation a été impliquée dès le début et a contribué à l’élaboration du concept.
La Fondation gère le St. Brandon Conservation Trust, et toutes les personnes qui visitent Saint Brandon sont profondément marquées par cette expérience. Soutenir ce projet était important, car il contribue à mieux comprendre et à lutter contre l’une des plus grandes menaces qui pèsent sur l’archipel : les déchets marins et la pollution plastique.
Je tiens également à remercier la Raphael Fishing Company, le St. Brandon Conservation Trust, Lea de Oliveira, Programme Manager de la Fondation, ainsi que David Philogene, notre assistant de recherche pour ce projet. Leur contribution a été précieuse.
La pollution plastique est un défi mondial qui affecte les littoraux partout dans le monde. Quelles actions simples les individus et les organisations peuvent-ils entreprendre pour faire réellement la différence ?
C’est un défi auquel chacun peut contribuer. Nous devons cesser de jeter des déchets dans la nature et prendre davantage conscience de l’empreinte que nous laissons derrière nous. Même les petits gestes comptent.
Lorsque les gens en ont l’occasion, ils peuvent aider en ramassant les déchets qu’ils trouvent sur les côtes, le long des rivières ou dans les espaces naturels, puis en les éliminant correctement ou en les recyclant lorsque cela est possible. Les déchets abandonnés sur les plages ou à proximité des cours d’eau peuvent finir par traverser les océans et affecter des écosystèmes très éloignés.
Nous sommes tous responsables des déchets qui circulent à travers le monde. Si chacun fait sa part et encourage les autres à faire de même, nous pourrons accomplir de réels progrès dans la résolution de ce problème.