Quand art et nourriture rassemblent au Kareron Food Lab
Kareron Food Lab est un projet porté par Eclosia. Situé à Moka, c’est un lieu hybride dédié à la formation de chefs à la gastronomie mauricienne, transmission portée par le Chef Nizam Peeroo. Un lieu où on contribue collectivement à alimenter nos cultures culinaires.
C’est ici même que chercheurs, artistes et le public se sont réunis, un après-midi d’avril, autour de « Response-Ability », une exploration mêlant art, alimentation et pratiques collectives. Au Kareron Food Lab, les idées prennent corps, se formulent et deviennent partageables.
Développé durant une année de résidence, l’événement s’est ouvert par un atelier participatif consacré à la fermentation en milieu tropical. Sous la conduite d’Aurélie Calou, les participants ont préparé du tepache à partir de pelures d’ananas, de gingembre et de sucre. « Vous allez couper, expérimenter. Profitez-en, apprenez », a lancé l’artiste Mati Jhurry pour introduire cette session interactive.
Cette journée thématique a également accueilli une présentation du designer culinaire Glenn Espinosa. Son travail s’intéresse aux détails souvent négligés du repas. À travers l’impression et des matériaux comestibles, il met en lumière les « miettes », ces traces discrètes laissées sur la table, questionnant notre rapport aux restes, à la consommation et à la valeur.
Au cœur de l’événement se trouvait la notion de « Response-Ability », empruntée aux réflexions écoféministes de l’auteur Donna Haraway. Plutôt que de simplement réagir aux crises, elle invite à rester présent, attentif et engagé face au monde, même dans l’incertitude et la complexité.
Cette exposition reflète la philosophie de Resort, le collectif d’artistes à l’origine du projet. Défini comme « un espace de soin pour les artistes, par les artistes », le collectif cherche à créer des formes de soutien et de collaboration dans un contexte où celles-ci restent limitées.
L’après-midi s’est poursuivi avec une visite guidée, qui prolonge ces réflexions. « Comment rester sensible, même au milieu du chaos ? », a interrogé Mati Jhurry en présentant la démarche artistique.
Les œuvres abordent cette question à travers différents médiums. L’installation d’Annabelle Ah Chong, réalisée à partir de compost et de matériaux récupérés, est conçue pour se décomposer et retourner à la terre. Les photographies de Karen Pang explorent la nourriture comme langage silencieux de l’affection au sein des familles. Kim Yip Tong propose une approche sensorielle des plantes endémiques, tandis qu’Aliya Chojoo présente une archive évolutive de recettes et d’histoires personnelles.
D’autres œuvres interrogent la mémoire, l’échec et les enjeux environnementaux. Mati Jhurry utilise le pain comme matériau fragile et périssable pour évoquer son vécu, tandis que Meha Desai explore l’héritage de la canne à sucre et son lien avec l’histoire coloniale. Le projet « Solarpunk Table 2075 » porté par Victoria Desvaux imagine, quant à lui, les systèmes alimentaires de demain face aux réalités climatiques.
Tout au long de la visite, la nourriture s’impose à la fois comme sujet et comme médium, reliant récits intimes et enjeux globaux. Au terme de la journée, « Response-Ability » ne relevait plus seulement d’un concept, mais d’une pratique collective partagée.